«grosse vache !» « regarde-toi !» « t’es vraiment énorme» «grosse truie !»
Je me prénomme Dolores, et ces mots que vous venez de lire sont mon quotidien depuis cinq ans maintenant.
A l’âge de dix ans j’ai perdu mon père dans un tragique accident de bus, contrairement à ce que vous devez penser à l’instant, mon père n’est pas décédé en se faisant renverser ni en tant que passager malchanceux, non… mon père était le conducteur du bus scolaire de l’école A…
il en était également le seul survivant après l’accident qui causât la mort de douze élèves de cours élémentaire.
Ce jour là, tout à été très vite… l’information fit le tour du pays et même celui du monde… de cet accident a découlé des tas d’émissions et spots publicitaires de prévention routière qui ne faisaient que nous rappeler cette maudite journée… mais le pire est que l’on ne pouvait vraiment en vouloir à personne… ce qui n’était pas de l’avis de l’opinion publique vis à vis de mon père qui bien qu’étant hors de cause au regard de la loi, vit son nom et sa vie traîner dans la boue.
( vous, vous demandez comment puisse-t-il être innocent ? et bien ce malheureux accident est en fait, dû à la négligence de la ville en matière d’entretien de la signalisation routière ; le bus en traversant une ligne de chemin de fer s’est fait percuté par un train car la barrière n’était pas baissée et le feu hors fonctionnement, mon père ne se doutant de rien engagea alors le bus sur la voie ferrée et… vous savez).
Ne supportant plus le poids de la culpabilité il s’en déchargea en mettant fin à ses jours deux semaines après être sorti de l’hôpital, c’est alors que je l’ai récupéré.
J’ai commencé à ingurgiter des tonnes de nourritures sans avoir faim.
Suite à ce double drame, ma mère cru bon de déménager car nous étions les nouvelles cibles à abattre, nous étions traqués, harcelés…
Cela fait à présent deux mois que ma nouvelle vie d’adolescente obèse prit forme dans cette jolie ville d’….. je me lève à 7H00 à 7H05 j’ouvre un paquet de chips, à 7H10 je prends ma douche, 7H25 je descend au salon pour prendre mon petit déjeuner, caresser mon chat «Sushi» et partir en cours à 7H45 pour me faire insulter aux alentours de 8H30.
C’est ainsi que chaque jour forme un cercle vicieux où les remarques sur mon poids m’incite sournoisement à trouver réconfort dans la nourriture la plus grasse et rapide à m… avaler.
Au lycée, je me fais aussi discrète qu’une baleine dans une école puisse l’être, je tente de retarder un maximum la vague d’insultes que je vais me prendre sans broncher et au mieux avec quelques larmes rapidement essuyé d’un revers de manche.
Je n’ai aucun ami et la solitude est un poids de plus à porter qui me pèse de plus en plus… et… il y a ce garçon là… Daemon, le plus virulent de sa bande mais aussi le plus gentil ; lorsqu’il est seul, il ne m’insulte pas… il ne me parle pas d’ailleurs sauf ce jour où il m’a salué lorsque je l’ai croisé sur le chemin du retour, nous avons acheté une boisson et l’on a discuté ensemble quelques minutes… c’était les minutes les plus agréable depuis des mois ! je me sentais revivre… et… légère enfin… je me suis fait la promesse de lui reparler à nouveau, lorsque nous serons à l’extérieur de l’école, après tout nous habitons dans la même direction donc ce sera facile de se «rencontrer» à nouveau ! le fait d’y penser me fit sourire… vous l’avez deviné ; secrètement j’espérais plus ! même si je savais bien que c’était peine perdu.
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Le moment venu arriva difficilement, je le voyais au loin avec un de ces amis à l’endroit même où nous avions acheté de quoi boire et grignoter sur le chemin de la maison.
Il était si beau… et mon visage était si boursoufflé par la graisse, la tristesse et les larmes encore fraîches… pourtant il fallait que je lui parle ! j’en avait besoin, il me fallait mes quelques minutes de gentillesse, un court moment où je me sentirais «vivre».
J’entrepris alors de rassembler mes forces et d’aller à sa rencontre.
…
Tout ne se passa pas comme prévu hélas… J’aurais dû m’en douter.
«qu’est-ce que tu veux grosse vache ?!»
Ces mots ont eu l’effet d’une dizaine d’habiles coups de poignards.
-Non… c’est juste que… je…
J’étais incapable de trouver mes mots, et plus je les cherchaient plus je sentais les larmes venirent.
«mais qu’est-ce que tu croyais espèce de grosse conne ?! ce n’est pas parce que je t’ai adressé la parole une fois par pitié que tu m’intéresses ! non mais tu t’es vu ? tu penses vraiment que je vais être attiré par une fille avec des cuisses aussi énormes ?» (rires).
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Et ils emboitèrent le pas me laissant figée… je pouvais entendre au loin les rires et les moqueries des spectateurs de cette scène pathétique.
Et c’est en cet instant que j’ai alors pris conscience de ce que je devais faire ! une vague de rage commençait alors à jaillir en moi !… ils allaient regretter… Il allait voir enfin qui j’étais et ce dont je suis capable ! il n’allait pas en croire ses yeux.
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De retour chez moi, j’eusse informé ma mère de ma grande décision ; perdre très rapidement du poids ! beaucoup de poids, et pour se faire il n’y avait pas de secret : pour ne pas grossir il ne faut pas manger.
C’était devenu ma règle d’or et je m’y tenais ! bien sûr… elle ne me comprenait pas et n’était pas de cet avis, c’est pourtant sans son approbation que mon régime commença :
Règle numéro 1 : sécher l’école, cela peut vous semblez sans rapport mais je ne me voyais pas affronter les élèves et le démon de mes rêves une nouvelle fois sous cet aspect suintant le dégoût.
Règle numéro 2 : marcher, marcher, marcher tout le temps où je devrais être en cours et les jours sans : rester cloîtrer dans ma chambre sans perdre mes objectifs de vue.
Règle numéro 3 : 3 comme «trois repas» par jour, c’est-à-dire trois pommes et trois verres d’eau.
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Les jours s’écoulaient lentement… les disputes avec ma mère allaient en décroissant… je pense qu’elle perdait tout espoir me concernant pourtant j’étais heureuse car je fondais littéralement comme une bougie.
J’avais faim… horriblement faim… c’était drôle comme je pouvais être autant obnubilé par le fait de ne rien avaler tout en rêvant de nourriture chaque nuit (et même en journée)… j’avais cependant un tel dégoût pour les pommes que j’en avalais plus que la moitié ! mais j’avais gagné… ce matin, mon reflet dans le miroir de la salle de bain renvoyait une image nouvelle ; comme une pomme dont ont aurait croqué chaque côté, mon visage en avait enfin la sculpture. J’avais des pommettes saillantes, un beau creux dans chacune de mes joues, un ventre plat qui permettait enfin d’y voir mes pieds sans me courber ! mes jambes étaient si fines…
C’était le moment.
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Fraîchement vêtue de mes nouveaux vêtements taille 34, mon pas léger semblait flotter par intermittence dans les escaliers ! je me sentais belle, j’étais belle… certes, un peu de maquillage fut nécessaire pour effacer les cernes de fatigue mais quelle joie ce problème ! le maquillage glissait sur ma peau lisse, la poudre dessinait les nouveaux contours de mon visage encadré par mes cheveux qui étaient jusqu’à présent ma seule fierté.
Ma mère resta sans voix ! et elle ne sera pas la seule…
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8h25 ; j’ouvrais la porte de ma classe et… je pus découvrir des expressions devenues inconnues pour moi ; des regards surpris, des bouches ouvertes, des interrogations données avec le seul langage du faciès et le meilleur : pas une seule remarque désobligeante ! pas une baleine à l’horizon ! la jalousie des filles avait remplacé la moquerie et l’air de rien, m’avançant dans la salle je cherchais furtivement Daemon mais il n’était visiblement pas là…
Tournant les talons pour me dirigeant à mon bureau je le vis s’élancer à l’intérieur me retrouvant nez à nez avec lui… je pus voir alors dans ses yeux la surprise, l’admiration qu’il ressentait devant cette nouvelle créature lui faisant face avec assurance.
«Bonjour Daemon»
«Heu… Bon…jour…on… on se connaît»
Oh ! je ris intérieurement, le démon ne m’avais pas reconnu ! il est vrai que la métamorphose avait quelque chose de spectaculaire !
«Tu ne te souviens pas ? ce n’est pas grave Daemon… tu veux bien me retrouver dehors»
lui ai-je dit d’un ton particulièrement aguicheur… la réponse ne se fit pas attendre.
«OUI !, bien sûr !»
Aussitôt nous, nous sommes retrouvés dans un coin isolé derrière le bâtiment principal… un endroit bien connu des couples voulant un peu de tranquillité et cette fois-ci c’était moi ! moi ! qui était là ! avec Daemon, le plus beau garçon de l’école, le populaire, le talentueux Daemon et je me sentais fantastique, j’avais ma beauté et le courage, sans lui laisser la parole je fis quelques pas vers lui et l’embrassa… il se laissait faire… je pus sentir sa surprise et sa joie !… j’étais belle mais j’avais faim… tellement faim… j’enlaçais le Démon devenu alors qu’une toute petite chose à ma merci, mon étreinte se faisait de plus en plus forte tout comme mon baiser, je goûtais Daemon, la faim me tiraillait, mes ongles s’enfonçaient dans sa chair, je bus un liquide délicieux… je me régalais d’un délicieux festin ! mon estomac enfin se remplissait ! j’étais heureuse ! j’étais en train d’exploser de joie intérieurement comme si j’étais plongé dans une douce folie… lorsque ma conscience revînt enfin ainsi que mes pieds sur terre je m’aperçus que je tenais quelque chose de lourd et suspendu par je ne sais quoi dans mes mains : j’avais dévoré le Démon et sa tête se balançait par ses cheveux élastiques.
